EGLISE
Restauration de l’église Saint-Jean-Baptiste de Libourne
2024
VILLE DE LIBOURNE
LIBOURNE (33)
4 500 000 €
ARCHITECTURE PATRIMOINE & PAYSAGE DODEMAN
Voir le siteContexte et enjeux
La ville de Libourne engage la restauration de son église Saint-Jean-Baptiste, inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 9 mai 1997 et implantée place Saint-Jean au cœur de la bastide. L’édifice avait fait l’objet, en amont des études de maîtrise d’œuvre, d’une opération de mise en sécurité d’urgence portant sur sa flèche, affectée par des déformations et des chutes de pierres. Cette mise en sécurité a conduit au démontage pierre par pierre des deux niveaux supérieurs de la flèche, entreposés en vue de leur remontage ultérieur.
L’opération porte sur une enveloppe prévisionnelle de 4 500 000 € HT et s’organise en deux tranches contractuelles : la première sur la cloche et la flèche, la seconde sur les façades du centre cultuel. Les enjeux dépassent la seule remise en état d’un édifice cultuel : il s’agit de restituer une silhouette urbaine emblématique tout en arbitrant, à chaque étape, entre conservation des pierres d’origine, restauration et substitution. Le contexte impose en outre un dialogue continu avec la Conservation Régionale des Monuments Historiques (CRMH) et l’Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine (UDAP 33), qui exercent le contrôle scientifique et technique de l’État.
Notre mission
ODETEC intervient comme bureau d’études aux côtés de l’agence Architecture Patrimoine & Paysage DODEMAN, mandataire de la maîtrise d’œuvre et conduite par un architecte en chef des Monuments Historiques. La mission, en base VISA, couvre les phases de conception jusqu’à la consultation des entreprises puis le visa des études d’exécution.
Le périmètre technique d’ODETEC porte notamment sur la structure, l’électricité, les fluides (CVC/plomberie) et les VRD. Sur un édifice patrimonial où l’enjeu premier est la pierre, le rôle du BET ne consiste pas à imposer un parti technique mais à sécuriser chaque choix par le calcul : vérification de la stabilité des ouvrages existants destinés à recevoir le remontage, dimensionnement de la reprise des réseaux d’eaux pluviales et de leur évacuation, mise en conformité des installations électriques. Toutes les notes de calcul et choix techniques sont conçus pour s’effacer derrière le projet de restauration porté par l’ACMH, dans le respect des prescriptions des services de l’État.
Les défis techniques relevés
Le premier défi concerne la stabilité de la base de la flèche restante, qui doit recevoir le remontage des deux niveaux supérieurs déposés. La maçonnerie en place montre, sur ses parements intérieurs comme extérieurs, des altérations marquées (désquamations, alvéolisations, déjointoiements profonds) dont l’origine combine la présence de sels solubles et l’érosion mécanique. Pour valider la capacité portante de cette base avant tout remontage, le BET structure intervient en appui du diagnostic patrimonial : analyse des descentes de charges, des arcs-boutants et des contreforts, vérification du comportement au vent d’un ouvrage qui sera de nouveau soumis, après reconstruction, aux efforts horizontaux qui avaient contribué aux désordres initiaux.
Le second défi est la maîtrise des eaux pluviales et des remontées capillaires, qui sont l’une des causes documentées des pathologies relevées sur la pierre. À la base de la flèche, l’absence d’étanchéité de la coursive et la gestion insuffisante des eaux ont entretenu la migration des sels ; sur les façades, l’étanchéité des revêtements de sol extérieurs en enrobé a aggravé les remontées capillaires. Le dimensionnement VRD doit reprendre l’évacuation des eaux pluviales du clocher, repenser les arases et chéneaux à la base de la flèche, et traiter le pied de façades pour rendre aux maçonneries la possibilité de respirer, sans quoi la restauration de pierre, aussi soignée soit-elle, serait condamnée à se dégrader à nouveau.