Accueil Regards d’experts Démarche BDNA : ce que cela change concrètement dans la conduite d’un projet

Démarche BDNA : ce que cela change concrètement dans la conduite d’un projet

Environnement 16/06/2026

Rédigé par Antoine Cugerone, ingénieur environnement et responsable environnement groupe chez Odetec, référent BDNA et auteur de l’ouvrage de référence « La RE2020 en pratique » aux éditions Le Moniteur.

La démarche Bâtiments Durables Nouvelle-Aquitaine (BDNA) n’est ni un label, ni une certification. C’est un système de garantie participatif, ancré dans le territoire, qui replace l’usager et l’exploitation au centre du débat. Voici où se trouvent les décisions qui font tenir un projet, ou le font dériver, bien avant la commission Usage.

Accueil de Loisirs Sans Hébergement (ALSH) à CIVRAC DE BLAYE – architecte : Atelier d’architecture
Yvain Renard

Introduction

Un maître d’ouvrage néo-aquitain envisage une opération ambitieuse sur le plan environnemental : un équipement public, un programme tertiaire, un programme de logements. Il connaît la réglementation environnementale 2020 (RE2020), il a entendu parler de la Haute Qualité Environnementale (HQE), de BREEAM, peut-être du label expérimental Énergie-Carbone (E+C–). Une voix dans l’équipe, un assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO), un architecte, un service de la Région évoque le BDNA. Les premières questions arrivent : c’est quoi exactement ? un label ? une certification ? quelles différences avec HQE ? quel coût ? quel calendrier ? quelle valeur ajoutée si la RE2020 est déjà respectée ?

Le sujet est plus complexe qu’il n’y paraît parce que le BDNA n’est pas un produit, c’est une démarche. Et cette démarche ne fonctionne pas comme une certification : on ne coche pas des cases pour obtenir un tampon, on construit dossier après dossier une argumentation soumise à des pairs qui jugent, discutent et orientent. Trois logiques s’y rencontrent en permanence : la logique de conception (concevoir un bâtiment ambitieux et tenable), la logique d’évaluation (formaliser, justifier, présenter en commission) et la logique d’exploitation (tenir la promesse deux ans après la livraison, lors de la commission Usage). Quand ces trois logiques ne se rencontrent qu’en études d’exécution (EXE), c’est trop tard : les arbitrages structurants se prennent dès la phase amont, puis se décident et se formalisent tout au long de la conception. C’est là, et non en exécution, que se joue l’ingénierie environnementale d’un projet.

Cet article cartographie les étapes d’un projet engagé en BDNA et identifie les décisions qui ne souffrent pas l’approximation. Il s’appuie sur le retour d’expérience d’Odetec en tant que bureau d’études techniques tous corps d’état (BET TCE) intégrant les compétences structure, génie climatique, génie électrique, environnement, acoustique, voirie et réseaux divers (VRD) et économie, et notamment sur deux opérations néo-aquitaines engagées en BDNA : l’ALSH de Civrac-de-Blaye, équipement public neuf visant le niveau Argent, et la réhabilitation de la résidence autonomie ENEAL à Bordeaux, qui vise le BDNA sur un parc de logements existant. Ces opérations relèvent de notre expertise en ingénierie de la qualité environnementale.

Une démarche, pas un label : ce que cela change opérationnellement

Le premier point à clarifier oriente tout ce qui suit : le BDNA n’est ni un label, ni une certification. C’est un Système Participatif de Garantie (SPG), porté en Nouvelle-Aquitaine par le cluster Odéys et soutenu par la Région. La différence n’est pas anecdotique. Là où une certification valide la conformité d’un projet à un référentiel figé, instruite par un tiers payé pour cela, le BDNA évalue collectivement le niveau d’ambition atteint par une opération sur la base d’échanges publics entre professionnels.

Concrètement, cela change quatre choses dans la conduite du projet.

La nature du livrable. Ce n’est pas un certificat émis par un organisme, c’est une médaille (CAP, BRONZE, ARGENT ou OR) attribuée par une commission interprofessionnelle qui a vu le projet, posé des questions et débattu de ses choix.

Les 4 niveaux de reconnaissance BNDA

Le rythme d’évaluation. La démarche prévoit trois commissions à trois étapes clés : Conception, Réalisation, Usage. Cette dernière, deux ans après la livraison, est la singularité forte du BDNA. Elle confronte la promesse de conception à la réalité d’exploitation, ce que ni HQE, ni BREEAM, ni la RE2020 ne font à cette échelle.

La logique d’évaluation. Le BDNA n’évalue pas en absolu, il évalue en contexte. La grille s’adapte selon quatre critères : la typologie de bâtiment (tertiaire, établissement d’enseignement, industriel, habitat collectif, maison individuelle), la densité du projet (urbain dense, péri-urbain, centre-bourg, rural), la nature des travaux (neuf ou réhabilitation) et le climat (haute montagne, littoral, océanique, terres). Cette plasticité est précieuse pour les projets situés, ancrés dans leur territoire, mais elle exige une démarche stratégique en amont : viser quel niveau, sur quelles thématiques, avec quel argumentaire ?

C’est cette plasticité qui permet au BDNA de s’appliquer à des opérations très différentes. La réhabilitation de la résidence autonomie ENEAL à Bordeaux en donne un bon exemple : un parc de logements des années 1980 en site urbain dense, pour lequel la grille ne pose pas les mêmes exigences qu’un équipement neuf en cœur de bourg rural. Sur cette opération, la maîtrise d’ouvrage a d’ailleurs couplé le BDNA au label Frugal Bordelais : les deux démarches se cumulent sans se substituer l’une à l’autre.

Projet Odetec — Résidence autonomie ENEAL, Bordeaux (cours d’Alsace-Lorraine)

Réhabilitation lourde de 56 logements répartis sur trois bâtiments des années 1980 (2 083 m², environ 4,85 M€ de travaux), pour le bailleur ENEAL, avec l’agence Majolice Architecture mandataire. L’opération vise le BDNA et le label Frugal Bordelais, en site urbain dense le long du tramway. Isolation thermique par l’intérieur en laine de bois biosourcée, remplacement complet des menuiseries (Uw ≤ 1,3 W/m².K), ventilation hygroréglable et production d’eau chaude par pompes à chaleur air/eau : l’étude thermique projette une consommation comprise entre 79 et 120 kWh d’énergie primaire par m² et par an, pour un seuil de 175. La façade sur tramway a fait l’objet d’une prescription acoustique différenciée (double vitrage feuilleté côté cours), traitée conjointement avec la performance thermique. Mission Odetec : BET TCE cotraitant, du diagnostic à la réception, sur la structure, le génie climatique et la plomberie, le génie électrique, l’ingénierie thermique, les VRD, le paysage et l’acoustique.

En savoir plus sur ce projet

La posture des commissions. Les commissions sont publiques et gratuites sur la partie évaluation des projets, ce qui distingue radicalement le BDNA d’une certification fermée. Le mot d’ordre revendiqué par Odéys est explicite : bienveillance. Les membres de la commission s’attachent à faire progresser tous les projets dans un esprit d’ouverture et d’intérêt partagé, pas à les sanctionner.

La filiation est importante à connaître : la démarche est née il y a plus de dix ans en région PACA sous le nom de Bâtiments Durables Méditerranéens (BDM). Sa transposition en Nouvelle-Aquitaine a été lancée en janvier 2019 à l’Hôtel de Région à Bordeaux, et déployée opérationnellement en 2020. Des démarches sœurs existent désormais en Occitanie (BDO), en Bretagne (BDB) et dans les Hauts-de-France. Le BDNA n’est donc pas un objet expérimental : c’est le fruit de plus de quinze ans de retours d’expérience capitalisés, adaptés aux spécificités climatiques, constructives et culturelles de la Nouvelle-Aquitaine.

Sept thématiques, quatre niveaux : ce que la conception doit verrouiller

La grille BDNA s’articule autour de sept thématiques : Gestion de projet ; Territoire & site, formes urbaines & qualité de vie ; Solidaire, social & économie ; Énergie ; Eau ; Ressources & matériaux ; Confort & santé. Elle comporte plus de 300 critères, certains obligatoires (prérequis), d’autres optionnels selon le contexte. Quatre niveaux de reconnaissance (CAP, BRONZE, ARGENT, OR) sanctionnent l’ambition atteinte. À noter : la démarche sœur dédiée aux quartiers (QDNA) propose trois niveaux (Bronze, Argent, Or) sans CAP.

Les 7 thématiques BDNA

La confusion fréquente consiste à voir cette grille comme une checklist à parcourir en fin de conception. C’est une erreur de méthode. La grille BDNA est un outil de conception, pas d’évaluation a posteriori. Bien utilisée, elle aide à structurer les arbitrages dès l’esquisse. Mal utilisée, elle se transforme en course aux justificatifs en phase EXE, et le niveau visé devient un objectif politique déconnecté du projet réel.

Le choix du niveau visé se prend en amont et se confirme en conception. Ce n’est pas un choix qui s’ajuste au fil de l’eau. Viser OR sans en avoir les moyens (programme, budget, calendrier, équipe formée à la démarche) conduit à des frustrations et à des arbitrages tardifs coûteux. Viser CAP sur un projet qui pourrait atteindre ARGENT prive l’opération de son levier de progression. La règle de bon sens : viser un niveau ambitieux mais tenable, et qui laisse une marge pour absorber les contraintes qui apparaîtront en cours de projet. La démarche autorise par construction des stratégies de notation : la maîtrise d’ouvrage peut concentrer ses efforts sur certaines thématiques pour sécuriser un niveau, sans devoir performer partout.

La traçabilité des critères est l’autre piège fréquent. Chaque critère engagé doit être justifié, documenté, vérifié, présenté en commission. Sans rigueur documentaire dès la phase avant-projet sommaire (APS), la démarche s’enlise en phase projet (PRO) et la commission Conception devient une épreuve plutôt qu’un échange constructif. Le travail de structuration des justificatifs (notes de calcul, bilans carbone, analyses du cycle de vie [ACV], simulations thermiques dynamiques [STD], facteurs de lumière du jour [FLJ], plans bioclimatiques, attestations matériaux biosourcés) doit être planifié, réparti entre les membres de l’équipe et tenu dans la durée. Cette structuration s’appuie largement sur nos études thermiques réglementaires, qui produisent une partie des pièces opposables présentées en commission.

« Sur le papier, une grille BDNA tient toujours. C’est en commission qu’on voit ce qui n’a pas été arbitré en amont : un matériau revendiqué sans fiche technique, une STD qui ne couvre pas les usages réels. La grille n’est pas une checklist, c’est un cadre de conception. »

— Benoit Mêlot, Directeur technique & concours, co-dirigeant, ODETEC

L’ALSH de Civrac-de-Blaye illustre comment ces choix se traduisent dans une opération neuve ambitieuse. La maîtrise d’ouvrage a inscrit le BDNA et la cible Argent au cœur du programme dès la commande. La cohérence transversale entre l’architecture bioclimatique, des matériaux décarbonés et une stratégie énergétique sobre — c’est précisément ce que la grille cherche à mettre en évidence, et ce qui distingue une opération de niveau Argent d’une opération de niveau CAP. Le détail de cette opération est repris dans l’encadré ci-dessous, et la conception de la production géothermique qu’elle mobilise relève d’une compétence dédiée au sein de l’équipe.

Projet Odetec — ALSH de Civrac-de-Blaye (Communauté de communes Latitude Nord Gironde)

Construction d’un Accueil de Loisirs Sans Hébergement couplé à un Relais Petite Enfance : 1 237 m² pour accueillir jusqu’à 200 enfants (3-6 et 6-12 ans), environ 3,9 M€ d’opération, livraison prévue en 2027. Architecte mandataire : Ateliers d’architecture Yvain Renard. L’équipe de maîtrise d’œuvre associe Odetec (BET TCE), un bureau d’études environnemental qui porte l’accompagnement BDNA, un bureau d’études géothermie, un acousticien et un OPC. Démarche BDNA niveau Argent, sur un équipement public neuf, en cœur de bourg rural, sous climat océanique. Enveloppe majoritairement biosourcée (béton d’argile, ossature bois, toiture végétalisée, bois certifié), production par pompe à chaleur géothermique réversible sur sondes et ventilation naturelle de type tour à vent, sans climatisation dédiée. Les indicateurs visés en conception se tiennent largement sous les seuils réglementaires (Bbio 64,2 pour un maximum de 71,4, inconfort estival à 407,6 °C.h pour un seuil de 900). Mission Odetec, entrée en avant-projet : structure, génie climatique et plomberie, génie électrique, VRD et économie du second œuvre, plus l’étude thermique réglementaire RE2020 et l’ACV.

En savoir plus sur ce projet

L’éventail de nos opérations sur le marché de la construction durable se retrouve dans nos équipements d’accueil de l’enfance et scolaires [/marches/education] comme dans nos opérations de réhabilitation de logements [/marches/habitat].

L’accompagnateur, le référent Odéys, le BET TCE et l’AMO QEB : qui fait quoi

L’écosystème BDNA fait intervenir quatre rôles distincts qu’il est utile de ne pas confondre.

L’accompagnateur BDNA est l’acteur formé par Odéys qui pilote la démarche au sein de l’opération. Il peut être un membre de la maîtrise d’œuvre ou un AMO dédié. Son rôle : structurer la grille d’évaluation contextuelle, organiser les justificatifs, préparer les commissions, porter la parole de l’équipe projet. Il rejoint l’équipe dès la phase de conception et l’accompagne jusqu’à deux ans après la mise en fonctionnement. Le statut suppose au moins cinq ans d’expérience en construction durable, une formation spécifique dispensée par Odéys et une responsabilité civile professionnelle adaptée.

Le Référent Odéys est l’interlocuteur technique mis à disposition par le cluster pour soutenir l’accompagnateur. Il intervient en appui à la conception, vérifie l’évaluation produite par l’accompagnateur avant chaque commission, et reste à disposition tout au long du projet. C’est cette double présence (accompagnateur côté équipe projet, référent côté cluster) qui assure la cohérence d’application de la grille sur l’ensemble des opérations néo-aquitaines.

Le BET TCE porte les compétences techniques sur la majorité des thématiques de la grille : Énergie (génie climatique, génie électrique, thermique), Eau (VRD, traitement d’eau), Ressources et matériaux (structure, économie), Confort et santé (acoustique, STD, qualité d’air). Quand le BET est pluridisciplinaire, la conception et la justification des critères se portent en interne avec une cohérence native : chacun parle aux autres dans la même équipe.

L’AMO en qualité environnementale du bâtiment (AMO QEB), ou bureau d’études environnemental dédié, intervient en complément, en appui de la maîtrise d’œuvre, pour porter une vision environnementale transversale qui dépasse les seuls aspects techniques. Selon les configurations, ce rôle peut aussi assumer l’accompagnement BDNA. C’est cohérent, à condition que les deux missions soient identifiées et budgétées distinctement. Sur l’ALSH de Civrac-de-Blaye par exemple, cette configuration en équipe étendue est mobilisée : Odetec porte la mission TCE et les lots structure, fluides, VRD et économie ; un bureau d’études environnemental dédié assume la mission environnementale et l’accompagnement BDNA ; un bureau d’études spécialisé apporte l’expertise de conception géothermique. Chaque thématique exigeante est ainsi portée par un spécialiste, tout en gardant une coordination unique sur le bâtiment.

La règle d’or : ces rôles peuvent se combiner, mais ils ne se substituent pas. Le BET TCE ne peut pas faire seul le travail de l’accompagnateur (qui demande une formation spécifique et un dialogue continu avec Odéys). L’accompagnateur ne peut pas produire seul les notes techniques opposables (qui demandent les compétences d’ingénierie d’un BET). L’AMO QEB ne peut pas remplacer le BET en commission, ni remplacer l’accompagnateur dans le pilotage de la démarche. Bien identifier qui fait quoi, dès l’APS, est une condition de sérénité pour le reste du projet.

Commissions, justificatifs, exploitation : ce qui se joue dans la durée

Une fois la conception engagée, deux questions montent en priorité : tenir le calendrier des commissions et préparer une phase Usage qui valide la promesse de conception. Aucune des deux ne se règle en serrant le planning. Elles se règlent par des décisions techniques et organisationnelles prises tôt dans la maîtrise d’œuvre.

Les 3 commissions BDNA (Conception, Réalisation, Usage) sur le cycle de vie du projet

La commission Conception est le premier rendez-vous structurant. Elle évalue les projets en demande de reconnaissance, valide le niveau visé, attribue des points de cohérence durable sur l’ensemble des thématiques et des points bonus pour les volets innovants. Elle propose également des pistes d’amélioration technico-économiques fondées sur les retours d’expérience des membres. La commission réunit cinq domaines professionnels (architectes, entreprises, maîtres d’ouvrage, experts, assistants à maîtrise d’ouvrage) qui débattent en séance publique. Le mot d’ordre, explicitement porté par Odéys, est la bienveillance : il ne s’agit pas de sanctionner un projet, mais de l’aider à atteindre sa meilleure version. Pour qu’elle se déroule sereinement, plusieurs conditions doivent être réunies en amont : grille d’évaluation stabilisée à 80 % minimum, justificatifs préparés sur les critères clés, présentation construite pour répondre aux questions probables des évaluateurs, équipe projet alignée sur les messages.

La commission Réalisation intervient en fin de chantier. Elle valide que les choix de conception ont été tenus en exécution : matériaux effectivement mis en œuvre, équipements installés conformes, qualités acoustique et thermique mesurées. La principale source de dérive entre Conception et Réalisation, ce sont les substitutions de produits en phase chantier, moins chères ou livrables plus rapidement, mais qui dégradent les performances retenues. Tant qu’une exigence n’est qu’une intention de conception, elle est négociable ; inscrite au cahier des clauses techniques particulières (CCTP), elle est tenue. C’est pourquoi la manière la plus sûre de garder le niveau visé consiste à anticiper ces substitutions au CCTP, par des fiches techniques précises et des équivalences contrôlées. Sur l’ALSH de Civrac-de-Blaye, où la stratégie matériaux décarbonés est un pilier du niveau Argent, la maçonnerie en béton d’argile a ainsi été inscrite comme non variantable par un parpaing conventionnel : un point matériau revendiqué en commission ne tient que s’il est verrouillé dans la pièce contractuelle.

La commission Usage est la plus singulière. Deux ans après la livraison, elle confronte la promesse de conception à la réalité d’exploitation : consommations réelles, retour des occupants sur le confort et la qualité d’air, fonctionnement effectif des équipements, plan de maintenance suivi ou non. Pour une opération comme Civrac-de-Blaye, la commission Usage vérifiera notamment que la production géothermique tient ses performances annoncées en conditions réelles, que la ventilation naturelle assure le renouvellement attendu sur les espaces enfants, et que l’instrumentation prévue à la conception est bien exploitée par le gestionnaire.

C’est cette dimension exploitation qui distingue le BDNA des certifications classiques. Ce n’est plus la conception qu’on évalue, c’est ce que la conception a produit en usage réel. La commission Usage suppose donc d’avoir prévu, dès la conception, les conditions de sa propre démonstration : instrumentation du bâtiment (capteurs énergie, CO₂, températures), formation des utilisateurs, plan pluriannuel de maintenance, suivi des consommations.

Six décisions structurantes à verrouiller en amont

Au-delà des étapes, certaines décisions concentrent l’essentiel du risque d’une démarche BDNA. Elles se prennent dès la phase amont et se confirment en conception, jamais en EXE. Quand elles sont expédiées, cela se révèle en commission Conception au mieux, en commission Usage au pire. Six pivots, observés sur les opérations engagées en BDNA et sur les démarches sœurs (BDM, BDO), ressortent comme les plus déterminants :

  1. Choisir le niveau visé en début d’opération, pas en cours de projet : CAP, BRONZE, ARGENT ou OR. Le niveau structure le budget, l’équipe, le calendrier. Il se valide avec la maîtrise d’ouvrage et avec l’accompagnateur dès l’APS.
  2. Identifier l’accompagnateur BDNA dès l’esquisse, et le contractualiser explicitement. Cette mission ne se rajoute pas en phase PRO sans dégrader la démarche.
  3. Cartographier les sept thématiques entre membres de l’équipe avant l’APS. Qui pilote quoi ? Qui produit quels justificatifs ? Sans cette répartition formalisée, les commissions se transforment en course de dernière minute.
  4. Planifier les justificatifs en parallèle de la conception, pas en aval. Notes de calcul, bilans, simulations, attestations matériaux : ces livrables se produisent en même temps que les arbitrages, pas après.
  5. Anticiper les substitutions chantier au CCTP : fiches techniques précises, équivalences contrôlées, procédure de validation des variantes. C’est la seule façon d’éviter que les choix de conception ne se dégradent à la marge en exécution.
  6. Prévoir l’instrumentation et la formation des utilisateurs dès la conception, pas en mission complémentaire. La commission Usage à deux ans ne s’improvise pas : elle se prépare à partir de l’APS.

« La démarche BDNA prolonge ce qu’on porte depuis longtemps : une ingénierie située, transversale, attentive à l’usage et à la durée. Pour un maître d’ouvrage néo-aquitain qui veut dépasser la conformité réglementaire sans la lourdeur d’une certification internationale, c’est aujourd’hui l’outil le plus pertinent. À condition d’en accepter le temps et la collégialité. »

— Yann Darbilly, directeur général, Odetec

Notre engagement aux côtés d’Odéys

Odetec est adhérent du cluster Odéys, qui porte la démarche BDNA en Nouvelle-Aquitaine et anime l’écosystème régional de la construction durable. Cet engagement traduit une conviction : la transition écologique du secteur du bâtiment se construit collectivement, à l’échelle des territoires, dans le dialogue entre maîtres d’ouvrage, concepteurs, entreprises et exploitants.


À propos de l’auteur

Antoine Cugerone est responsable environnement du groupe Odetec. Diplômé de l’INSA Centre Val de Loire en maîtrise de l’efficacité énergétique, il a développé son expertise en une dizaine d’années de bureau d’études sur la performance énergétique et la qualité environnementale du bâtiment, du confort d’été modélisé en simulation thermique dynamique à l’analyse de cycle de vie, et il a fondé la société coopérative AGI-H dédiée à la qualité environnementale, il est l’auteur de « La RE2020 en pratique » publié par Le Moniteur. Chez Odetec, il est référent interne de la démarche Bâtiments Durables Nouvelle-Aquitaine (BDNA) et il structure l’expertise environnement du groupe et intervient en appui expert sur la conception.


Questions fréquentes

Quelle est la différence entre BDNA et HQE, BREEAM ou une certification environnementale ?
Le BDNA n’est ni un label, ni une certification. C’est un Système Participatif de Garantie (SPG), c’est-à-dire une démarche d’évaluation collective par des pairs régionaux, pas un référentiel instruit par un organisme tiers payé pour cela. Trois différences pratiques en découlent. D’abord, l’évaluation est publique, gratuite et collégiale : les commissions réunissent des acteurs régionaux qui peuvent challenger les choix de conception. Ensuite, le référentiel est contextualisé selon quatre critères (typologie, densité, nature des travaux, climat) : la grille s’ajuste à la nature du projet et à son territoire. Enfin, la démarche prévoit une commission Usage deux ans après livraison, ce que les certifications classiques ne font pas à cette échelle. Le BDNA peut être conduit en complément d’une certification HQE ou BREEAM, mais il ne s’y substitue pas.

Combien de temps faut-il pour conduire une opération en démarche BDNA ?
La démarche s’inscrit sur l’ensemble du cycle de vie de l’opération, depuis la phase amont jusqu’à deux ans après livraison. Concrètement, compter 6 à 18 mois pour la phase Conception (jusqu’à la commission Conception), 14 à 30 mois pour les travaux et la commission Réalisation, puis deux années supplémentaires avant la commission Usage. Au total, une opération BDNA s’étale donc sur quatre à six années entre le démarrage et la validation finale. Cette temporalité longue est une singularité de la démarche et doit être anticipée dès la programmation, notamment pour la mission de l’accompagnateur qui se prolonge bien au-delà de la livraison.

Quel surcoût engendre une démarche BDNA par rapport à une opération classique ?
Le surcoût direct est constitué de la mission d’accompagnement, qui dépend de la taille et de la complexité de l’opération. À cela s’ajoute un investissement en temps de l’équipe de maîtrise d’œuvre pour produire les justificatifs et préparer les commissions, qui se traduit dans les honoraires. Le surcoût indirect dépend du niveau visé : un projet OR mobilise davantage de matériaux biosourcés, d’équipements performants et d’études complémentaires (STD, FLJ, ACV). Mais ce surcoût d’investissement se compare à des gains d’exploitation significatifs (énergie, eau, maintenance, durabilité) et à une valeur patrimoniale du bâtiment plus solide dans la durée. Le calcul à privilégier est un calcul en coût global, pas en coût d’investissement seul.

Le BDNA est-il accessible aux maîtres d’ouvrage privés, ou seulement aux collectivités ?
La démarche est ouverte à tous les maîtres d’ouvrage et aménageurs néo-aquitains, publics comme privés. Elle a été initialement portée par des collectivités et des bailleurs sociaux — la réhabilitation de la résidence autonomie ENEAL à Bordeaux en est un exemple — mais le panel s’élargit : opérations tertiaires, équipements privés, hôtellerie, opérations mixtes. Le SPG ne fait pas de distinction : ce sont les caractéristiques du projet et l’ambition de la maîtrise d’ouvrage qui orientent la grille d’évaluation et le niveau visé. Pour une maîtrise d’ouvrage privée, l’intérêt est double : porter un projet réellement engagé sur les sept thématiques, et bénéficier d’une reconnaissance régionale inscrite dans une logique de territoire.

Peut-on démarrer une démarche BDNA en cours de projet, ou faut-il l’engager dès l’esquisse ?
L’idéal est de l’engager dès l’esquisse, voire en programmation. La démarche peut techniquement être lancée en phase avant-projet définitif (APD), mais avec un risque réel : certains arbitrages structurants (orientation, compacité, choix structurels, stratégie énergétique) auront déjà été pris sans la grille comme cadre, ce qui peut soit forcer des reprises, soit dégrader le niveau atteignable. À partir de la phase PRO, l’inscription en BDNA devient très contrainte : la conception est figée et la démarche se transforme en exercice de justification a posteriori, qui contredit l’esprit collaboratif de la démarche. La règle pratique : si l’on envisage le BDNA, le décider avant l’APS. Sinon, viser une certification mieux adaptée à un démarrage tardif.

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